Le mariage Misyar, une pratique matrimoniale qui a gagné en visibilité dans le monde musulman, continue de diviser les opinions. Fondamentalement, il s'agit d'un contrat de mariage islamique valide, respectant toutes les conditions essentielles comme l'offre, l'acceptation, la présence de témoins et du tuteur (wali), ainsi que le versement d'une dot (mahr). Cependant, sa particularité réside dans le fait que l'épouse renonce volontairement à certains de ses droits, tels que le droit à la résidence commune, à la pension alimentaire, ou à la cohabitation.
Pour ses partisans, le Misyar est une solution flexible qui permet à des individus, pour diverses raisons (professionnelles, personnelles ou financières), de s'unir légalement sans les contraintes d'une organisation de mariage conventionnelle. Il est souvent perçu comme un moyen de vivre une relation licite et pieuse tout en respectant des situations de vie complexes. Certains savants ont statué sur sa permissibilité, arguant que tant que les piliers du contrat sont respectés et que les droits sont renoncés de plein gré, l'union est valide aux yeux de la Sharia.
Néanmoins, cette forme d'union soulève de profondes interrogations et controverses. Les critiques estiment que, bien que techniquement valide, le mariage Misyar trahit l'esprit et les objectifs supérieurs du mariage en Islam. Le mariage est conçu comme une institution stable, garantissant la protection mutuelle, le soutien financier et émotionnel, et la fondation d'une organisation familiale solide. Le Misyar, en renonçant à des droits fondamentaux, peut fragiliser la position de la femme et l'exposer à l'isolement social ou à l'insécurité financière, notamment en l'absence de la compensation matrimoniale pleine et entière que représente la pension. Il est souvent perçu comme un mariage de commodité, risquant de dévaloriser l'institution et d'ouvrir la porte à des abus.
Les préoccupations s'étendent également à l'impact sur les enfants nés de ces unions, qui peuvent grandir dans un environnement familial moins stable et sans la présence constante des deux parents. La renonciation à la cohabitation et au soutien financier remet en question la capacité de cette union à remplir pleinement les devoirs de parentalité et de protection de la cellule familiale. En définitive, si le mariage Misyar est légalement admissible pour certains, il soulève un débat éthique et social majeur quant à son adéquation avec les valeurs profondes et les objectifs à long terme du mariage islamique.